La valeur absolue du décret tertiaire, désignée par le terme Cabs, fixe un seuil de consommation énergétique à ne pas dépasser, exprimé en kWh/m²/an selon le type d’activité du bâtiment. Choisir la mauvaise méthode de calcul, c’est risquer de se fixer des objectifs inatteignables ou, au contraire, trop faciles à atteindre, ce qui fausse toute stratégie de rénovation. La bonne approche : comparer le Cabs applicable à votre sous-catégorie avec votre consommation réelle, puis vérifier si la valeur relative (Crelat) ne vous offre pas un objectif plus réaliste.
Bâtiment ancien, usage atypique, parc mixte : les situations concrètes sont rarement tranchées. Sauf que le choix entre les deux méthodes n’est pas toujours libre, et les arrêtés successifs ont modifié les règles du jeu plus d’une fois.
Ce qu’il faut retenir de cet article :
- Le Cabs est un seuil fixe en kWh/m²/an, défini par arrêté selon l’activité.
- Les bâtiments récents ou sans historique fiable optent pour la valeur absolue.
- Chaque sous-catégorie d’activité a son propre seuil Cabs, bâtiment par bâtiment.
- Les modulations d’objectifs existent mais doivent être justifiées dans OPERAT.
- Toujours vérifier la version en vigueur des arrêtés directement sur Legifrance.
Valeur absolue du décret tertiaire : définition du Cabs et fonctionnement concret
Le Cabs, pour « consommation en valeur absolue par sous-catégorie », est un seuil fixe exprimé en kWh d’énergie finale par m² et par an. Contrairement à la valeur relative, il ne dépend d’aucune année de référence propre au bâtiment. Il est défini directement dans les arrêtés publiés au Journal officiel, selon le type d’activité exercée dans le bâtiment assujetti.
Un seuil fixé par arrêté, pas par l’historique du bâtiment
C’est là que la différence avec la valeur relative saute aux yeux. La méthode Cabs ne demande pas : « Quelle était votre consommation en 2010 ? » Elle pose une question plus directe : « Quel est le niveau de consommation acceptable pour un bâtiment de bureaux, d’enseignement ou de santé en France ? »
Les valeurs sont publiées dans des arrêtés successifs, appelés arrêtés valeur absolue. L’arrêté valeur absolue IV a posé les premières bases. L’arrêté valeur absolue VI est venu les affiner, avec des seuils ajustés selon les retours d’expérience de la plateforme OPERAT et les données collectées sur les consommations réelles du parc tertiaire. Sauf que chaque mise à jour modifie les seuils applicables, ce qui oblige à vérifier régulièrement si les objectifs fixés dans OPERAT restent cohérents avec la version en vigueur.
Comment le Cabs est-il appliqué concrètement ?
La logique est simple en théorie. Pour chaque bâtiment assujetti, on identifie la ou les sous-catégories d’activité correspondantes (bureaux, commerce de détail, établissement de santé, etc.). On récupère ensuite le seuil Cabs applicable à cette sous-catégorie. Ce seuil correspond à l’objectif 2030 : si la consommation réelle du bâtiment est inférieure à ce seuil, l’objectif est atteint.
En pratique, les bâtiments à usage mixte compliquent le calcul. Un immeuble qui accueille à la fois des bureaux et des commerces doit ventiler sa surface par activité, puis appliquer le Cabs de chaque sous-catégorie proportionnellement. Ce n’est pas insurmontable, mais ça demande une rigueur dans le renseignement des données sur OPERAT.
La valeur absolue du décret tertiaire fixe un objectif de consommation énergétique indépendant de l’historique du bâtiment, ce qui en fait une méthode particulièrement adaptée aux constructions récentes ou aux bâtiments sans données de référence fiables.
- Le Cabs est exprimé en kWh/m²/an et varie selon la sous-catégorie d’activité
- Il est défini dans les arrêtés valeur absolue publiés par le Ministère de la Transition écologique
- Il s’applique indépendamment de toute année de référence propre au bâtiment
Valeur absolue ou valeur relative : comment identifier la méthode adaptée à votre bâtiment
Le choix entre les deux méthodes n’est pas toujours libre. C’est le premier point à clarifier avant d’aller plus loin.
Quand la valeur absolue s’impose
Certains bâtiments n’ont pas le choix. Un bâtiment récent, livré après 2010, peut ne pas disposer de données de consommation suffisamment fiables sur la période 2010-2022 pour constituer une année de référence valable. Dans ce cas, la valeur relative (Crelat) devient difficile à appliquer, voire impossible. La valeur absolue prend alors le relais par défaut.
Même chose pour les bâtiments dont l’usage a profondément changé depuis 2010. Si un entrepôt a été transformé en open space, les données historiques ne reflètent plus rien de la réalité actuelle. Utiliser une consommation de référence issue d’un usage totalement différent, c’est se fixer un objectif qui n’a aucun sens.

Quand la valeur relative peut être plus avantageuse
Un bâtiment ancien, énergivore, construit dans les années 1970 sans aucune isolation, peut présenter une consommation historique très élevée. C’est là que la valeur relative devient intéressante : réduire de 40 % une consommation de 300 kWh/m²/an ramène à 180 kWh/m²/an. Le Cabs pour des bureaux, lui, peut descendre bien en dessous de ce niveau selon l’arrêté en vigueur.
Bref, pour les bâtiments très consommateurs avec un historique documenté, la Crelat offre parfois un objectif plus accessible à court terme. Cela dit, attention à ne pas confondre « plus facile » avec « plus ambitieux » : le décret tertiaire vise une réduction de 60 % à l’horizon 2050, quelle que soit la méthode retenue.
Les objectifs fixés par le décret tertiaire restent inchangés : -40 % de consommation d’énergie finale d’ici 2030, -50 % d’ici 2040, -60 % d’ici 2050, que l’on choisisse la valeur absolue ou la valeur relative.
La question du basculement d’une méthode à l’autre mérite aussi d’être posée. En règle générale, une fois une méthode choisie et déclarée dans OPERAT, le changement n’est pas anodin. Il peut nécessiter une justification et une mise à jour complète des données saisies. Vérifier les règles en vigueur auprès de l’ADEME ou dans les textes publiés sur Legifrance avant toute modification reste la démarche la plus sûre.
- Bâtiment récent ou sans historique fiable : la valeur absolue s’impose naturellement
- Bâtiment ancien très consommateur avec données 2010-2022 disponibles : la valeur relative peut offrir un objectif intermédiaire plus réaliste
Seuils Cabs par sous-catégorie d’activité et points de vigilance pour bien les appliquer
Les seuils Cabs ne sont pas universels. Chaque sous-catégorie d’activité tertiaire dispose de sa propre valeur, parce que les besoins énergétiques d’un hôpital n’ont rien à voir avec ceux d’un magasin de sport ou d’une salle de réunion. C’est précisément ce qui rend cette méthode plus fine, et parfois plus complexe à manier.
Des valeurs différenciées selon l’usage
Les arrêtés valeur absolue distinguent de nombreuses sous-catégories : bureaux, enseignement primaire et secondaire, enseignement supérieur, commerces, établissements de santé, hébergement, logistique du froid, et d’autres encore. Pour chaque sous-catégorie, trois seuils sont définis, correspondant aux échéances 2030, 2040 et 2050.
Les bureaux, par exemple, se voient appliquer des seuils qui tiennent compte des usages réglementés (chauffage, climatisation, éclairage) mais aussi, dans certaines versions des arrêtés, de l’intensité d’usage réelle du bâtiment. C’est là que ça coince pour beaucoup d’exploitants : un bureau occupé 5 jours sur 7 en double vacation n’a pas le même profil de consommation qu’un espace de coworking ouvert 7j/7.
L’arrêté valeur absolue IV, puis l’arrêté valeur absolue VI, ont progressivement affiné ces distinctions. Entre les deux textes, certains seuils ont été revus à la hausse ou à la baisse selon les retours terrain. C’est pourquoi il faut toujours travailler avec la version en vigueur, disponible sur Legifrance, et ne pas se fier à des tableaux de synthèse non datés qui circulent sur certains sites.
Points de vigilance pour une application fiable
Premier réflexe : bien identifier la sous-catégorie. Une erreur de classification dans OPERAT peut fausser l’objectif affiché et donner l’illusion d’une conformité qui n’existe pas. Un local commercial en pied d’immeuble n’appartient pas à la même sous-catégorie qu’une grande surface alimentaire.
Deuxième point, souvent négligé : les modulations d’objectifs. Le décret tertiaire prévoit des mécanismes d’ajustement lorsque les contraintes techniques, architecturales ou patrimoniales rendent les objectifs inatteignables. Ces modulations ne s’appliquent pas automatiquement. Elles doivent être justifiées et documentées dans OPERAT.
Troisième vigilance, pour les parcs immobiliers mixtes. Quand un même propriétaire gère plusieurs bâtiments avec des activités différentes, la tentation est grande de raisonner à l’échelle du portefeuille. Sauf que le Cabs s’applique bâtiment par bâtiment, sous-catégorie par sous-catégorie. Aucune compensation n’est possible entre un bâtiment très performant et un autre qui dépasserait les seuils.
Les seuils Cabs de la valeur absolue du décret tertiaire varient selon la sous-catégorie d’activité et l’échéance visée, ce qui rend indispensable une lecture précise des arrêtés en vigueur avant toute déclaration sur la plateforme OPERAT.
Un dernier point sur l’arrêté du 1er août 2025. Sa parution a suscité des interrogations légitimes : les objectifs allaient-ils changer ? La réponse est non. Les trajectoires de réduction à -40 %, -50 % et -60 % restent inchangées. Ce que l’arrêté modifie, c’est davantage les modalités de calcul ou de déclaration (selon les dispositions précises du texte), pas les ambitions chiffrées du décret lui-même. Vérifier le contenu exact de cet arrêté sur Legifrance reste le seul moyen d’en tirer des conclusions fiables pour votre situation.
Valeur absolue ou valeur relative : ce que les chiffres changent vraiment
Les deux méthodes ne mènent pas au même objectif selon le profil du bâtiment.
| Critère | Valeur absolue (Cabs) | Valeur relative (Crelat) |
|---|---|---|
| Base de calcul | Seuil fixé par arrêté | Consommation de référence du bâtiment |
| Année de référence requise | Non | Oui, entre 2010 et 2022 |
| Bâtiments concernés en priorité | Récents ou sans historique fiable | Anciens avec données documentées |
| Objectif 2030 | Seuil Cabs de la sous-catégorie | -40 % par rapport à l’année de référence |
| Avantage principal | Indépendant de l’historique | Peut être plus accessible pour bâtiments énergivores |
| Risque principal | Seuil parfois ambitieux dès le départ | Données historiques absentes ou incomplètes |
30 septembre 2022 : la première échéance approche
La chaîne Le Bâtiment Optimisé – ACCEO revient sur les actions concrètes à mener avant cette date clé, avec un rappel utile des évolutions réglementaires de 2021.
Choisir juste, parce que les marges d’erreur sont minces
La valeur absolue du décret tertiaire n’est pas juste un seuil de plus à cocher : c’est un outil de calibrage qui peut, selon votre bâtiment, transformer une stratégie de rénovation réaliste en objectif hors de portée, ou l’inverse. Bref, le choix entre Cabs et Crelat mérite une analyse sérieuse des données disponibles, pas une décision par défaut faite à la va-vite au moment de la déclaration OPERAT.
Concrètement, ça change tout à l’arbitrage budgétaire : un bâtiment mal classifié ou mal méthode-sé, c’est un plan de travaux dimensionné sur des bases fausses, avec les surcoûts qui vont avec. Les modulations d’objectifs existent, mais elles ne s’activent pas seules.
La vraie question, au fond : votre gestionnaire de patrimoine a-t-il déjà vérifié la version de l’arrêté appliquée dans OPERAT depuis la dernière mise à jour réglementaire ?
Ce que les assujettis demandent encore sur la valeur absolue
Peut-on basculer de la valeur relative à la valeur absolue après avoir commencé à déclarer dans OPERAT ?
Techniquement, oui. Sauf que ce n’est pas une simple case à cocher : changer de méthode implique de revoir l’intégralité des données déclarées et de justifier le basculement. Avant toute modification, consulter les textes en vigueur sur Legifrance et, si besoin, contacter l’ADEME directement reste la seule démarche vraiment fiable.
Un bâtiment récent livré après 2010 est-il forcément soumis à la valeur absolue ?
Pas « forcément » au sens réglementaire strict, mais dans la pratique, oui. Sans données de consommation couvrant la période 2010-2022, constituer une année de référence valable pour la méthode Crelat devient impossible, donc la valeur absolue s’impose naturellement. C’est moins un choix qu’un constat opérationnel.
L’arrêté du 1er août 2025 a-t-il modifié les objectifs de réduction du décret tertiaire ?
Non. Les trajectoires restent inchangées : -40 % en 2030, -50 % en 2040, -60 % en 2050. Ce que l’arrêté ajuste, c’est davantage les modalités de calcul ou de déclaration. Vérifier son contenu exact sur Legifrance est indispensable avant d’en tirer des conclusions pour votre situation spécifique.